J’ai retourné trois pots d’herbes de Provence dans le rayon juste pour vérifier : deux venaient de l’autre bout du monde

Deux pots sur trois affichaient une origine étrangère, malgré l’étiquette verte et le logo de cigale qui laissaient croire à un produit du cru. Le premier venait de Pologne, le second n’indiquait qu’une vague mention « conditionné en France » sans préciser d’où venaient réellement les plantes séchées à l’intérieur. Seul le troisième, un peu plus cher et affichant le Label Rouge, garantissait une origine provençale. Mon petit test de supermarché confirme ce que les associations de consommateurs dénoncent depuis des années : l’appellation « herbes de Provence » ne veut, la plupart du temps, rien dire du tout.

À retenir

  • Deux tiers des pots examinés cachaient une origine étrangère malgré l’étiquette trompeuse
  • La Pologne est devenue le premier fournisseur de thym pour la France : comment c’est possible ?
  • Un détail visible sur le pot change tout si vous savez où chercher

Un nom qui n’a longtemps rien garanti

Le chiffre fait mal quand on l’apprend pour la première fois. 90% des herbes de Provence vendues en France viennent d’ailleurs, seulement 10% sont d’origine française. La grande majorité arrive de loin : la grande majorité de l’herbe est importée du Maroc, d’Espagne, d’Albanie, et surtout de Pologne, qui fournit la moitié des importations de thym en France. Oui, la Pologne, ce pays qu’on associe plutôt aux forêts de bouleaux qu’à la garrigue, est devenue l’un des plus gros fournisseurs d’aromates pour nos placards français.

Le problème vient d’une faille juridique qui a duré des décennies. N’importe quel fabricant pouvait écrire « Herbes de Provence » sur son emballage sans que cela ne corresponde à grand-chose de précis : pas d’origine géographique obligatoire, pas de composition fixée par la loi, pas de contrôle sérieux. Résultat, des mélanges d’herbes séchées importées de Pologne, d’Albanie, du Maroc ou de Chine se retrouvaient vendus sous cette appellation. un mélange assemblé à des milliers de kilomètres de la Sainte-Victoire pouvait légalement s’appeler « herbes de Provence » du moment qu’il contenait un peu de thym, de romarin ou d’origan, peu importe leur passeport.

Le marché a d’ailleurs explosé bien au-delà des capacités de production locale. Le marché des herbes de Provence représente environ 500 tonnes par an, ce qui est énorme, mais seuls 10% sont d’origine provençale. Une centaine d’exploitations françaises n’y suffisent tout simplement pas : une centaine de producteurs, localisés en Provence Côte d’Azur et dans la Drôme, cultivent environ 400 hectares et produisent 150 tonnes d’herbes. Le calcul est vite fait, l’offre locale ne couvre même pas un tiers de la demande.

La bonne nouvelle : une IGP est enfin arrivée

Les choses ont changé récemment, et c’est plutôt une victoire pour les producteurs qui se battaient depuis longtemps. Une Indication Géographique Protégée a finalement été obtenue pour les Herbes de Provence en 2023, après des années de combat mené notamment par des producteurs locaux et des syndicats agricoles. Ce sigle n’est pas un simple autocollant décoratif : cette IGP impose désormais que les herbes soient cultivées et transformées dans une zone géographique précise, couvrant principalement les départements du Var, des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse, des Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes-Maritimes.

Avant même cette IGP, un autre signal de qualité existait déjà depuis plus de vingt ans. En 2003, les herbes de Provence bénéficient de la certification Label Rouge et l’AIHP est reconnue Organisme de Défense et de Gestion. Ce label impose une recette précise et vérifiée, contrairement au fourre-tout habituel. Un fabricant sérieux respecte des proportions fixes : 27% de sarriette, 27% d’origan, 27% de romarin, 19% de thym. Un mélange industriel sans label, lui, peut contenir n’importe quoi, dans n’importe quelle proportion, avec parfois plus de tiges ligneuses que de véritable feuillage aromatique.

Autre initiative moins connue mais tout aussi solide : le thym provençal bénéficie de sa propre reconnaissance européenne depuis quelques années. L’IGP Thym de Provence a été validée le 19 février 2018 par la Commission Européenne. Une façon de protéger spécifiquement cette plante emblématique, souvent la première victime des importations massives en provenance d’Europe de l’Est.

Ce qu’il faut vraiment regarder au rayon épices

Sur l’étiquette, deux indices valent de l’or et se repèrent en quelques secondes, sans loupe ni doctorat en agroalimentaire. Le premier, c’est la mention explicite d’origine : assurez-vous que la mention « origine de Provence » est bien présente sur l’étiquette, et donnez la préférence à celles qui arborent le Label Rouge, contrôlé par les autorités françaises. Le second, c’est l’aspect visuel du produit lui-même, un détail que la plupart des gens zappent complètement en magasin. Dans un paquet de vraies herbes de Provence, vous ne trouverez pas de tiges ni de poussière, et la couleur doit varier entre le vert centré du thym et le vert olive de l’origan, sans jamais virer au gris ou au jaune, signe d’altération.

Mon expérience de rayon n’a rien d’exceptionnel, elle est même plutôt banale statistiquement parlant. Mais elle montre à quel point un simple geste, retourner le pot, lire les trois lignes en petits caractères, change complètement le regard qu’on porte sur ce qu’on met dans son assiette. Le pot le plus cher n’était pas forcément le meilleur choix marketing, il portait juste, pour une fois, une vraie garantie derrière son étiquette verte. La prochaine fois que vous passez devant le rayon aromates, ce réflexe de trois secondes vous évitera d’acheter, sans le savoir, un souvenir de Pologne déguisé en carte postale de Provence.

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