Un vinyle stocké à plat, sous le poids d’autres disques, se déforme de façon irréversible. Le PVC dont il est composé réagit à la pression et à la chaleur en quelques semaines seulement, parfois moins si le grenier chauffe l’été. C’est exactement ce qui m’est arrivé avec ma collection de Barbara et de Jacques Higelin, empilée bien à plat dans un carton pour « gagner de la place ». Résultat : celui du fond, écrasé sous une quarantaine d’autres, ressemblait à une chips géante le jour où je l’ai sorti.
Ce n’est pas une question de malchance. C’est de la physique pure et simple, et n’importe quel disquaire vous le confirmera en soupirant.
À retenir
- Quel phénomène physique transforme un disque en chips géante quand on le range « intelligemment » ?
- Pourquoi le grenier, ce refuge idéal pour gagner de la place, est en réalité le pire ennemi de vos trésors musicaux
- La solution existe, elle coûte zéro euro, mais presque personne ne l’applique vraiment
Pourquoi le poids à plat est le pire ennemi du vinyle
Le mécanisme est connu de tous les professionnels du disque, et pourtant on continue à le sous-estimer. Un vinyle est composé de PVC (polychlorure de vinyle), un matériau qui réagit fortement à la chaleur, à l’humidité et aux déformations, ce qui peut causer des dommages irréversibles altérant la qualité du son. dès qu’un poids s’exerce de façon prolongée sur une surface plane, le disque commence à épouser les irrégularités de ce qui l’entoure. Pas besoin d’une canicule pour ça : quelques semaines suffisent si la pile est haute.
Si un vinyle est stocké à plat, sous une pile d’autres disques ou exposé à une source de chaleur, il peut se tordre et devenir illisible. Et le grenier aggrave tout, parce qu’il cumule les deux facteurs aggravants en même temps. J’ai découvert à mes dépens que la chaleur qui monte sous les tuiles en été, combinée au poids de l’empilement, transforme n’importe quelle collection en patinoire ondulée. Le disque du bas, celui qui supporte toute la charge, est systématiquement le premier sacrifié.
Certains experts établissent même des règles précises côté professionnel du meuble sur mesure. Le voilage est causé par trois facteurs évitables : un stockage en diagonale, une exposition à la chaleur (radiateur, fenêtre exposée au sud, ampli non ventilé à proximité) et une compression excessive, d’où des règles pratiques comme le rangement vertical absolu et 2 à 3 cm de jeu dans chaque bac. Ces quelques centimètres de marge, ça change tout. Un disque qui respire ne subit aucune pression latérale, contrairement à celui coincé au fond d’un carton fermé.
Le grenier, ce faux bon plan qu’on regrette toujours
On croit gagner de la place, on perd surtout en qualité sonore. Les combles ne sont tout simplement pas faits pour ce genre de trésor. Les garages et les greniers sont généralement trop chauds (ou froids) et humides pour être conservés en toute sécurité. C’est un cocktail détonnant : température qui grimpe en flèche l’été sous la toiture, puis qui chute brutalement l’hiver, avec une humidité qui varie au gré des saisons.
Les chiffres donnés par les spécialistes de la conservation sont sans appel. Les experts recommandent de les conserver à des températures comprises entre 10 et 20 degrés Celsius, avec un taux d’humidité de 30 à 40 %. Un grenier sous les toits, en plein mois d’août, peut facilement dépasser les 35 degrés en journée. À l’inverse, en janvier, le mercure peut frôler le zéro. Aucun vinyle ne résiste indéfiniment à ces montagnes russes thermiques.
L’humidité n’épargne pas non plus les pochettes, qui sont souvent aussi précieuses que le disque lui-même pour les collectionneurs (photos, textes, illustrations originales). Les disques sont moins sensibles à l’humidité, mais les pochettes cartonnées risquent de se gondoler, avec également un risque d’apparition de moisissure sur le disque vinyle ainsi que sur la pochette. J’ai vu ma pochette de Melody Nelson prendre une odeur de moisi en à peine deux hivers passés au grenier. Rien d’irréversible côté odeur si on agit vite, mais l’illustration, elle, avait pris un pli qui ne s’est jamais totalement effacé.
Ce qui marche vraiment, sans y consacrer tout un dimanche
La solution est presque insultante de simplicité : la verticalité. Quel que soit l’endroit où les disques sont rangés, il faut éviter à tout prix de les empiler horizontalement, car la pression exercée par le poids des vinyles les uns sur les autres peut les endommager ; il faut les placer toujours verticalement, comme on le ferait avec des livres. Ni plus ni moins que ce qu’on fait naturellement avec une bibliothèque, sauf qu’on a tendance à oublier ce réflexe dès qu’il s’agit de ranger plutôt que d’exposer.
Attention cependant à ne pas incliner la pile, même verticale. Si on les place en biais, les disques risquent d’être déformés, donc mieux vaut utiliser un serre-livre ou un autre objet léger pour les maintenir bien droits. Un simple objet lourd à chaque extrémité du bac suffit, pas besoin d’investir dans du matériel sophistiqué.
Côté emplacement, mieux vaut oublier totalement combles et sous-sols pour les collections auxquelles on tient vraiment. Le meilleur endroit sera une pièce fraîche, ventilée et sèche : mieux vaut oublier le garage, la cave ou le grenier. Un placard dans une pièce à vivre, une étagère dans un couloir tempéré, ou même le bas d’une bibliothèque font largement l’affaire. L’essentiel, c’est que la température ne fasse pas le grand écart au fil des saisons.
Petit détail qui a son importance et qu’on néglige souvent : le contenant lui-même. L’un des meilleurs moyens de préserver les disques entreposés est de les placer dans une boîte à couvercle, car les cartons et les boîtes de banque constituent un terrain propice à la prolifération des parasites et se détériorent avec le temps, mieux vaut opter pour des boîtes en plastique ou des boîtes d’archivage. Un carton en fibre recyclée finit toujours par s’affaisser avec l’humidité ambiante, aussi minime soit-elle, et entraîne son contenu dans la chute.
Un dernier point que peu de gens vérifient : la taille des disques rangés ensemble. Un 45 tours glissé entre deux 33 tours crée une pression inégale qui finit, elle aussi, par marquer le vinyle sur la durée. Séparer les formats dans des bacs distincts prend cinq minutes et évite bien des mauvaises surprises le jour où l’on ressort la collection pour la faire tourner sur la platine.
Sources : moovebox.fr | vinyle-actu.fr