Soixante-cinq ans. Un chiffre qui, dans le calendrier vaccinal français, marque désormais un véritable tournant. Pas parce que la maladie attend patiemment ce cap pour frapper, mais parce que notre système immunitaire, lui, a commencé à changer bien avant, et que la médecine préventive a enfin rattrapé cette réalité. Grippe, zona, pneumocoque, rappels diphtérie-tétanos-poliomyélite : quatre piliers d’une protection que trop peu de seniors ont à jour. Les raisons ? Un flou persistant sur ce qui est recommandé, des idées reçues tenaces, et parfois, un simple manque d’information claire. Voici ce que vous devez savoir pour agir.
Pourquoi le système immunitaire change après 60 ans
Le vieillissement s’accompagne d’une altération progressive du système immunitaire, phénomène connu sous le terme d’immunosénescence, qui est associée à une susceptibilité accrue aux infections et à une augmentation de leur sévérité.
Ce n’est pas une défaillance soudaine, c’est une évolution lente, silencieuse, qui démarre bien avant la retraite. À partir de la soixantaine, le corps reconnaît moins bien les agents infectieux inconnus, les cellules immunitaires se renouvellent moins efficacement, et les réponses aux vaccins elles-mêmes perdent de leur vigueur.
Les lymphocytes T naïfs étant moins nombreux et moins fonctionnels, la reconnaissance des nouveaux antigènes est altérée. Par ailleurs, la réponse B est aussi dysfonctionnelle avec une production d’anticorps réduite, une affinité moindre et une durée de protection plus courte.
En clair : ce n’est pas seulement que les infections arrivent plus facilement, c’est aussi que le vaccin « standard » protège moins bien. C’est pourquoi la vaccination des seniors exige des stratégies adaptées, pas un simple copier-coller du calendrier adulte.
En France, les personnes âgées de 65 ans et plus représentent 44 % des admissions en réanimation pour grippe, 60 % des infections invasives à pneumocoques et 72 % des séjours hospitaliers pour zona et douleurs post-zostériennes, selon Santé publique France.
Ces chiffres ne sont pas là pour alarmer, ils sont là pour expliquer pourquoi certains vaccins sont devenus prioritaires à cet âge. Ce n’est pas de la prudence excessive, c’est de la cohérence.
Ce que l’on sait moins, c’est que
la couverture vaccinale des seniors reste insuffisante : le rappel du vaccin DTP est réalisé chez seulement 50 % des 65 ans, 44 % des 75 ans et 34 % des 85 ans.
Et pourtant,
la vaccination contre la grippe saisonnière atteint 54 % chez les 65 ans et plus pour la saison 2024-2025.
On est loin des objectifs de l’OMS. La bonne nouvelle : la situation est rattrapable, souvent en un seul rendez-vous chez son médecin ou son pharmacien.
Pour aller plus loin sur la prévention santé senior dans sa globalité, il existe une approche complète qui intègre la vaccination dans un parcours de soins cohérent.
La grippe : un vaccin annuel qui change chaque hiver
La grippe tue. C’est une phrase qu’on a entendue tant de fois qu’elle finit par ne plus rien dire. Mettons des visages derrière les chiffres :
elle est responsable d’environ 9 000 décès annuels en France, dont une majorité de seniors.
Et contrairement aux idées reçues, mourir de la grippe n’est pas toujours mourir « d’une forme grave » du virus, c’est souvent une complication cardiaque, une pneumonie bactérienne surinfectant des bronches fragilisées, ou une décompensation d’une maladie chronique préexistante.
Pour la saison 2025-2026, la stratégie vaccinale a évolué.
La HAS a recommandé, pour les personnes âgées de 65 ans et plus, l’utilisation préférentielle de vaccins haute dose et adjuvantés, respectivement Efluelda et Fluad, par rapport aux vaccins standards.
Ces formules renforcées sont spécialement conçues pour compenser la réponse immunitaire moins vigoureuse des seniors.
Ils déclenchent une réponse immunitaire plus forte, ce qui peut entraîner un peu plus d’effets secondaires, comme la douleur au point d’injection ou la fatigue.
Des désagréments légers et transitoires, rien de comparable aux semaines d’arrêt que peut provoquer une vraie grippe.
Côté logistique, c’est simple.
La vaccination est gratuite et remboursée à 100 % pour les personnes de 65 ans et plus.
Elle est disponible chez le médecin traitant, en pharmacie, chez l’infirmier ou la sage-femme. La campagne annuelle démarre chaque automne.
La vaccination concomitante contre le Covid-19 et la grippe saisonnière est recommandée, dès lors qu’une personne est éligible aux deux vaccinations, et les deux vaccinations peuvent être pratiquées dans le même temps, sur deux sites d’injection différents.
Un seul déplacement, deux protections simultanées.
Un chiffre qui fait réfléchir :
avec une efficacité moyenne de 50 %, le vaccin classique permet déjà, si la couverture vaccinale atteint les objectifs de l’OMS (plus de 75 % du public cible), de prévenir la majorité des complications graves : hospitalisations, passages aux urgences et décès.
Le problème n’est donc pas l’efficacité du vaccin, c’est que trop peu de personnes concernées se font vacciner.
Le zona : une maladie sévère, un vaccin enfin remboursé
Le zona, c’est le virus de la varicelle qui sort de sa cachette.
Le zona est dû au virus varicelle-zona. Après une infection par la varicelle dans l’enfance, le virus peut rester « en sommeil » dans certains ganglions nerveux. Sous l’effet de l’âge, de la fatigue, d’une maladie ou sans raison apparente, il peut se réactiver sous la forme d’un zona.
La quasi-totalité des personnes de plus de 60 ans ont eu la varicelle étant enfants : elles portent donc toutes ce virus latent.
Plus l’âge avance, plus le zona est fréquent et sévère, car le système immunitaire devient moins efficace pour garder ce virus « sous contrôle ».
Et le vrai problème du zona, ce ne sont pas les vésicules cutanées qui disparaissent en quelques semaines — c’est la névralgie post-zostérienne, ces douleurs neuropathiques qui peuvent persister des mois voire des années après l’éruption. Une complication invalidante, difficile à traiter, qui touche plus volontiers les patients âgés.
En France, on observe 5 à 10 cas de zona pour 1 000 personnes âgées de 60 ans et plus par an.
Bonne nouvelle concrète : le vaccin contre le zona a évolué.
La HAS a actualisé la stratégie de vaccination contre le zona, et recommande désormais la vaccination des personnes immunodéprimées de 18 ans et plus ainsi que celle de tous les adultes de 65 ans et plus avec le vaccin Shingrix.
Ce vaccin recombinant adjuvanté est très différent de son prédécesseur :
il ne contient pas de virus vivant et offre une protection de plus de 90 % contre le zona chez les personnes de plus de 50 ans.
Il peut donc être administré même aux personnes immunodéprimées, ce qui était impossible avec l’ancien vaccin.
Sur la question du remboursement — qui freinait beaucoup de monde, le ticket a longtemps été de 300 euros pour deux doses :
depuis le 14 décembre 2024, le vaccin Shingrix est remboursé à 65 % par l’Assurance maladie pour les personnes ciblées par les recommandations.
Le reste à charge est d’environ 65,93 € par dose, mais peut être entièrement pris en charge par certaines mutuelles.
Le schéma de vaccination complet comporte 2 doses de vaccin Shingrix espacées de 2 mois.
Deux injections, et c’est réglé pour longtemps, aucun rappel annuel n’est nécessaire.
Le vaccin peut être prescrit et administré par les médecins, pharmaciens et infirmiers.
Pratique, accessible, et désormais pris en charge : il n’y a plus vraiment de raison de remettre à plus tard.
Le pneumocoque : la grande nouveauté du calendrier 2025
Moins connu du grand public que la grippe ou le zona, le pneumocoque est pourtant redoutable.
Cette bactérie représente un danger réel : 60 % des infections invasives à pneumocoques concernent les seniors, pouvant provoquer pneumonies, méningites et septicémies.
Ce n’est pas une petite bronchite dont on se remet en deux semaines. Une pneumonie bactérienne à pneumocoque peut conduire à une hospitalisation prolongée, voire à l’unité de soins intensifs.
Jusqu’à récemment, la vaccination contre le pneumocoque n’était recommandée qu’aux personnes présentant des comorbidités — diabète, insuffisance cardiaque, maladies respiratoires chroniques.
Face à l’augmentation des infections à pneumocoques, particulièrement marquées chez les seniors, la HAS a élargi en décembre 2024 sa recommandation à l’ensemble des personnes de 65 ans et plus, considérant que l’âge constitue à lui seul un facteur de risque.
: pas besoin d’être malade pour être concerné.
Il était important d’élargir cette vaccination aux personnes sans comorbidités, car la moitié des adultes de 65 ans et plus hospitalisés pour une pneumonie aiguë communautaire et plus d’un quart des patients hospitalisés pour une infection invasive à pneumocoques n’ont pas de comorbidités.
Ce chiffre est frappant : on pensait protéger les « fragiles », mais la moitié des hospitalisations concernent des personnes sans facteur de risque identifié.
Le schéma vaccinal est simple :
le vaccin Prevenar 20 est remboursable à 65 % lorsqu’il est utilisé dans l’immunisation active pour la prévention des maladies invasives et des pneumonies causées par Streptococcus pneumoniae, selon les recommandations de la HAS — c’est-à-dire toutes les personnes de 65 ans et plus avec ou sans risque de forme grave et sans limite d’âge supérieur.
Une dose unique,
au prix public de 56,63 euros avec un taux de remboursement de 65 %.
Il est possible de l’injecter simultanément avec les vaccins grippe, Covid-19 et zona, en respectant un site d’injection distinct pour chaque vaccin.
Si vous avez déjà été vacciné avec un ancien schéma pneumocoque, pas de panique.
Les personnes ayant reçu une dose unique de Pneumovax ou de Prevenar 13 pourront recevoir une dose unique de Prevenar 20 si la vaccination antérieure remonte à plus d’un an.
Parlez-en à votre médecin ou pharmacien, qui vérifiera votre historique.
Les rappels DTP : ces vaccins qu’on a oubliés depuis trop longtemps
Diphtérie, tétanos, poliomyélite. Ces maladies semblent appartenir à un autre siècle, et c’est précisément parce que la vaccination de masse les a marginalisées. Mais « marginalisées » ne veut pas dire « disparues ».
Le rappel DTP est recommandé à 65 ans, puis tous les 10 ans (à 75, 85, 95 ans…).
L’immunité acquise s’estompe avec le temps, et les personnes âgées non à jour redeviennent vulnérables.
La coqueluche mérite qu’on en parle séparément.
Ce vaccin n’est pas systématique, mais recommandé pour les personnes à risque de forme grave : celles souffrant de maladies respiratoires chroniques, d’immunodépression, d’obésité ou âgées de 80 ans et plus.
La recrudescence de la coqueluche en France depuis 2024 a conduit la HAS à affiner ces recommandations.
Depuis 2025, ces quatre vaccins peuvent être administrés en une seule injection combinée, simplifiant le parcours de soins.
La réalité des chiffres est éloquente :
dans cette population, seule une personne sur deux est correctement vaccinée contre la diphtérie, le tétanos ou contre la grippe.
Le tétanos, par exemple, provoque une mortalité significative chez les personnes âgées contaminées par une blessure banale, une égratignure au jardin, une chute. L’enjeu est concret, pas théorique.
Pour savoir précisément quels examens médicaux recommandés après 60 ans intégrer dans son parcours de soins, la vaccination en fait pleinement partie au même titre que les bilans biologiques ou les dépistages.
Questions pratiques : idées reçues, allergies et mode d’emploi
Peut-on recevoir plusieurs vaccins le même jour ?
Oui, et c’est même recommandé pour éviter la multiplication des rendez-vous.
Il est possible de recevoir plusieurs vaccins lors du même rendez-vous, ce qui simplifie le parcours de soins et optimise la protection avant la période épidémique hivernale.
Grippe, Covid-19, pneumocoque, zona : tous peuvent être co-administrés lors d’une même consultation, sur des zones d’injection différentes.
Shingrix peut être administré en même temps que les vaccins contre la grippe, la Covid, les pneumocoques et un vaccin diphtérie, tétanos et coqueluche, en utilisant des sites d’injection différents.
Et les effets secondaires ?
La tolérance des vaccins saisonniers est bonne. Douleur au point d’injection, fièvre, fatigue passagère, myalgies : des désagréments fréquents mais brefs. Les réactions graves sont rares : pour le vaccin grippe, une réaction allergique sur 450 000 injections.
Le vaccin contra le zona peut, lui, provoquer une réaction un peu plus marquée au point d’injection, signe que le système immunitaire répond vigoureusement. C’est attendu, c’est bénin, et ça passe en 24-48 heures.
En cas d’antécédent d’allergie grave à un vaccin ou à l’un de ses composants, l’avis d’un médecin s’impose avant toute injection.
La vaccination doit être différée en cas de maladie aiguë avec fièvre.
En dehors de ces situations, il n’existe que très peu de contre-indications absolues. La grande majorité des seniors qui hésitent peuvent se faire vacciner sans risque.
Comment vérifier son statut vaccinal ?
C’est sans doute la question la plus fréquente — et souvent la plus embarrassante. Personne ne sait vraiment où sont ses vieux carnets de vaccination. La solution existe pourtant :
le carnet de vaccination électronique, inclus dans « Mon espace santé », permet de suivre facilement vos vaccinations et d’être alerté sur les prochaines échéances.
Si vous n’avez pas encore activé ce service, votre médecin peut aussi consulter vos remboursements et reconstituer un historique vaccinal approximatif.
Le rendez-vous santé « Mon bilan prévention » entre 60 et 65 ans représente une opportunité inédite pour la vérification du statut vaccinal et, si besoin, le rattrapage vaccinal.
Ce bilan, pris en charge par l’Assurance maladie, est précisément conçu pour faire le point avant le cap des 65 ans. Si vous l’avez laissé de côté, c’est le moment d’y penser, d’autant plus qu’il permet aussi d’aborder bien d’autres sujets de prévention avec un professionnel de santé.
Pour en savoir plus sur le moment idéal pour initier ces démarches, la question du bilan de santé senior à partir de quel âge le programmer mérite une lecture attentive.
Comment parler vaccination avec son médecin ou pharmacien
L’entretien vaccinal, ça se prépare — pas parce que c’est compliqué, mais parce qu’on a tendance à l’oublier en consultation quand d’autres sujets prennent le dessus.
Votre médecin traitant reste l’interlocuteur privilégié pour établir votre programme vaccinal personnalisé. Il évaluera vos facteurs de risque spécifiques et adaptera les recommandations à votre situation médicale particulière.
Concrètement, voici les questions à poser lors de votre prochain rendez-vous :
- Suis-je à jour de mon rappel DTP ? La date figure normalement dans mon carnet ou sur « Mon espace santé ».
- Ai-je reçu les deux doses du vaccin zona (Shingrix) ?
- Ai-je reçu une dose de vaccin pneumocoque (Prevenar 20) ?
- Ma vaccination antigrippale est-elle prévue cet automne, et avec quel type de vaccin ?
Depuis 2025, davantage de vaccins sont accessibles en pharmacie sans ordonnance.
Les infirmiers et les sages-femmes sont également autorisés à administrer plusieurs vaccins.
Cette diversification des points d’accès est une vraie opportunité pour tous ceux qui n’ont pas facilement accès à leur médecin traitant, ou qui préfèrent gérer ça rapidement entre deux courses.
Une astuce pratique que j’utilise moi-même : noter ses dates de vaccination dans une application de santé ou simplement dans l’agenda du téléphone, avec une alerte annuelle pour la grippe. La vaccination ne devrait pas être une démarche laborieuse, c’est un acte de prévention qui prend dix minutes et peut éviter des semaines de convalescence.
La vaccination s’inscrit dans une vision plus large du bien vieillir. Pour explorer cet horizon dans sa globalité, le guide sur le bien vieillir santé senior prévention longévité offre un cadre complet qui va bien au-delà du seul volet vaccinal. Parce qu’après tout, se protéger des infections graves, c’est aussi préserver son énergie pour le reste.
À 65 ans ou 75 ans, la question n’est pas de savoir si on doit « encore » penser à se vacciner. C’est de se demander ce qu’on veut faire de sa santé dans les années qui viennent, et d’agir en conséquence. La médecine préventive a rarement proposé autant d’outils efficaces, accessibles et bien remboursés. La balle est dans notre camp.