Sous les cerisiers de cette ville américaine se cache un printemps que peu de Français connaissent

Imaginez : vous glissez sur un étang au cœur d’une ville américaine, à bord d’un cygne géant, entouré de cerisiers en fleurs et de façades victoriennes roses. Vous n’êtes pas à Washington D.C., ville que les Français connaissent pour ses cerisiers japonais. Vous êtes à Boston, et ce printemps-là a une saveur que très peu d’entre nous ont eu la chance de goûter.

À retenir

  • Un décor de cerisiers en fleurs et de façades victoriennes roses au cœur d’une grande ville américaine
  • Des pédalos en forme de cygne datant de 1877 qui naviguent entre les cerisiers du Public Garden
  • Un collier de parcs verdoyants reliant plusieurs quartiers avec magnolias, lilas et collections botaniques exceptionnelles

Un décor qui commence par les jardins

Fondé en 1839, le Boston Public Garden est le premier jardin botanique public des États-Unis. Il mérite à lui seul le voyage. Son architecture est pensée pour la promenade, avec des allées sinueuses bordées de statues, de fontaines, d’arbres variés et d’un lac de six acres où il est possible de monter à bord des célèbres Swan Boats.

Ces pédalos en forme de cygne, gérés en famille depuis 1877, sont une expérience unique en leur genre. La balade en pédalos dure une quinzaine de minutes, le temps d’un tour paisible sur le lagon du Public Garden. Le tarif ? 4,25 dollars pour les seniors, ce qui en fait l’une des plus belles affaires de la ville. Ces bateaux sont les seuls exemplaires de leur type au monde.

Entre le Public Garden et le Boston Common, ce sont 27 cerisiers qui explosent au printemps. La majorité sont des Kwanzan (Prunus serrulata), reconnaissables à leurs fleurs doubles d’un rose vif, qui tiennent plus longtemps que les autres variétés. Le spécimen le plus photographié reste le Cerisier Yoshino, qui longe le côté ouest du lagon, près de l’entrée d’Arlington Street. Ses fleurs blanc rosé, au léger parfum d’amande, tombent d’un seul coup pour tapisser les allées de rose pâle. Un spectacle qui dure peu, comme tous les spectacles qui valent vraiment quelque chose.

De là, la promenade se poursuit naturellement vers le Commonwealth Avenue Mall, avenue plantée d’arbres qui traverse Back Bay dans un décor de façades victoriennes en briques rouges. Les magnolias le long de Commonwealth Avenue sont une attraction à part entière : ces grands arbres se couvrent de fleurs parfumées dans des tons de rose nacré et de fuchsia, offrant un contraste saisissant avec les brownstones historiques. Ces floraisons précoces sont souvent les premières annonciatrices du printemps, habituellement à leur apogée vers la mi-avril.

La promenade verte qui relie tout

Ce que Boston offre de plus généreux aux voyageurs qui aiment marcher sans se presser, c’est son Emerald Necklace, ce collier de parcs verdoyants qui relie plusieurs quartiers. On passe du front de mer au Christopher Columbus Waterfront Park, avec ses pergolas fleuries et la possibilité de prolonger la balade par une table italienne dans le North End voisin. Puis la Rose Kennedy Greenway déroule son ruban végétal au cœur du centre-ville, avec ses marchés de saison, ses installations d’art public, son carrousel et ses food trucks.

Plus discret, le Kelleher Rose Garden mérite un détour. On y contemple plus de 1 500 rosiers en fleurs, et la fontaine de style 1930 au centre du jardin est idéale pour une halte tranquille. Accessible à pied ou à vélo depuis Back Bay Fens, ce jardin appartient au Boston que l’on ne montre pas dans les magazines.

À l’extrémité de ce parcours vert, l’Arnold Arboretum, à Jamaica Plain, abrite l’une des plus grandes collections de lilas d’Amérique du Nord, avec 407 spécimens individuels. Chaque deuxième dimanche de mai, le Lilac Sunday est célébré à l’Arnold Arboretum depuis 1908. Les visiteurs y découvrent des visites guidées d’une collection comptant plus de 407 plants de lilas de 173 espèces différentes, avec des animations, des expositions, des vendeurs de nourriture et la possibilité de pique-niquer sur les pelouses. Gratuit. Parfumé. Inoubliable.

Boston, ville à vivre lentement

Depuis le XIXe siècle, les arts ont prospéré à Boston, au point que cette capitale culturelle a été surnommée « l’Athènes d’Amérique ». Cette réputation n’est pas usurpée. Le Museum of Fine Arts présente plus de 500 000 œuvres, de l’Égypte ancienne à l’art contemporain. C’est l’un des plus grands musées d’Amérique du Nord. L’Isabella Stewart Gardner Museum, lui, déploie une collection exceptionnelle dans un palais d’inspiration vénitienne, célèbre pour son atmosphère unique et pour un vol d’œuvres jamais élucidé. Deux musées, deux atmosphères totalement différentes, et des collections à la hauteur.

Le Freedom Trail est un parcours historique balisé de 4 kilomètres qui relie 16 sites majeurs de la Révolution américaine. Aucune contrainte de rythme, aucune obligation de tout faire d’une traite. On s’arrête à la Beacon Hill, ce quartier historique aux ruelles pavées et aux maisons en pierre brune, qui évoque le Londres du XIXe siècle. On s’attarde dans le North End, pour une cuisine italienne authentique ou des fruits de mer frais le long du waterfront.

Ce qui rend Boston particulièrement agréable pour les voyageurs qui n’ont pas envie de courir, c’est son échelle humaine. La ville est compacte et excellente pour les promenades à pied. Rien n’est vraiment hors de portée. On peut traverser plusieurs quartiers dans la même matinée, et se retrouver à déjeuner en terrasse avec vue sur les cerisiers sans avoir porté sa valise ou cherché un taxi. Les Swan Boats, par exemple, sont à seulement quatre minutes à pied du métro Green Line, arrêt Arlington. Pratique, vraiment.

Quand partir, et avec quoi en tête

La fenêtre idéale s’étale de mi-avril à début juin. Les premières fleurs de cerisier apparaissent en général sur l’Esplanade et les magnolias commencent à éclore à Back Bay dès la fin mars. Les meilleures floraisons de magnolias et de cerisiers se situent typiquement entre la deuxième et la troisième semaine d’avril. Les lilas de l’Arnold Arboretum prennent le relais en mai. Et depuis les années 1980, le Japon a offert plus de 1 500 cerisiers à la ville de Boston, dont la majorité ont été plantés le long de l’Esplanade.

Pour préparer votre séjour printanier à Boston avec le guide officiel de l’Office du Tourisme, le programme est généreux et bien documenté. Les tarifs des musées, les horaires des Swan Boats, les marchés de saison sur la Greenway : tout est là, accessible, sans mauvaise surprise.

Il y a quelque chose de profondément reposant dans l’idée qu’une grande ville américaine puisse se parcourir à ce rythme-là. Pas celui des circuits qui enchaînent dix sites par jour, mais celui d’une matinée sur un banc du Public Garden à regarder les Yoshino en fleurs, suivi d’un déjeuner dans une ruelle du North End, et d’une après-midi à feuilleter l’histoire au Museum of Fine Arts. Boston au printemps ne ressemble à aucune autre ville américaine. Et ça, très peu de Français le savent encore.

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