1,2 million. C’est le nombre d’interventions pour impayés enregistrées par les fournisseurs d’énergie en France en 2025, selon le bilan annuel du Médiateur de l’énergie publié début 2026. Derrière ce chiffre brut se cache une réalité que les acteurs du secteur évoquaient rarement à voix haute : un tiers des ménages concernés préfèrent désormais subir le froid chez eux plutôt que d’appeler à l’aide ou de saisir les dispositifs d’aide existants. La précarité énergétique ne concerne plus seulement les situations de grande pauvreté, elle touche des familles, des retraités, des salariés modestes qui ont simplement craqué sous la pression des hausses successives des tarifs.
À retenir
- Un chiffre qui dépasse le million d’interventions pour la première fois
- Un tiers des foyers en difficulté refusent de chercher de l’aide — pourquoi ?
- Les vrais profils touchés ne sont pas ceux qu’on croit
Ce que révèle vraiment le bilan 2025
Les chiffres du Médiateur de l’énergie brossent un tableau qu’on ne peut pas esquiver. En 2025, les interventions pour impayés ont franchi le seuil symbolique du million, une progression sensible par rapport aux années précédentes. Mais le détail qui frappe, c’est ce pourcentage de 35 % de ménages qui, confrontés à des difficultés de paiement, ont choisi de se priver de chauffage plutôt que de mettre en branle les aides disponibles. Pourquoi ? Parce que beaucoup ignorent leurs droits. D’autres ont honte. certains pensent que les démarches sont trop compliquées.
La réalité tarifaire y est aussi pour beaucoup. Entre 2021 et 2025, les prix de l’énergie en France ont connu des variations spectaculaires : le tarif réglementé du gaz a pratiquement doublé à son pic, et même si les prix de l’électricité se sont stabilisés après la crise de 2022-2023, la facture mensuelle médiane d’un foyer chauffé à l’électricité tourne toujours autour de 120 à 160 euros selon la surface et l’ancienneté du logement. Pour un ménage avec 1 400 euros de revenus nets, c’est une part considérable du budget.
Le Médiateur pointe également un autre problème structurel : les procédures de coupure ont repris leur rythme « normal » après plusieurs années de moratoires liés à la crise sanitaire puis à la crise énergétique. La trêve hivernale, qui interdit les coupures de novembre à mars, protège temporairement les ménages en difficulté, mais dès le 1er avril, les fournisseurs reprennent leurs droits, et beaucoup de familles se retrouvent prises de court.
Qui est vraiment touché par ces coupures ?
L’image du ménage en précarité énergétique a bien changé. On ne parle plus uniquement de personnes sans emploi vivant dans des passoires thermiques. Le profil type qui ressort des études terrain, c’est souvent un retraité vivant seul dans une maison de 80 m², avec une pension entre 900 et 1 200 euros, qui n’a pas isolé sa maison faute de moyens avancés, et qui attend, parfois des années, que ses dossiers MaPrimeRénov’ aboutissent.
Autre profil fréquent : des familles en zone rurale, dépendantes du fioul ou du gaz propane, qui ne bénéficient pas du tarif réglementé et subissent de plein fouet les variations du marché. Un foyer chauffé au fioul peut dépenser entre 2 000 et 3 500 euros par saison selon la surface et les hivers, sans aucun filet de sécurité tarifaire.
Les locataires du parc privé ancien sont aussi particulièrement exposés : loyers déjà élevés, logements mal isolés, et propriétaires peu pressés d’engager des travaux. Pour une personne seule avec des revenus autour du SMIC (environ 1 426 euros nets en 2026), la combinaison loyer + énergie peut facilement dépasser 50 % des ressources dans certaines villes moyennes.
Les solutions concrètes pour ne pas rester dans le froid
La bonne nouvelle, et elle est réelle, c’est que le droit français protège assez bien les ménages en difficulté, à condition de connaître les dispositifs et d’agir avant que la situation se dégrade trop.
Le premier réflexe dès qu’une facture devient difficile à honorer : contacter son fournisseur d’énergie directement et demander un échéancier de paiement. C’est un droit, pas une faveur. Les fournisseurs ont l’obligation de proposer des solutions amiables avant toute procédure de coupure. Un simple appel peut éviter des mois de stress.
Vient ensuite le chèque énergie, l’aide phare pour les ménages modestes. En 2025, il était compris entre 48 et 277 euros selon les revenus et la composition du foyer, et envoyé automatiquement aux bénéficiaires identifiés par l’administration fiscale. Si vous n’en avez pas reçu mais pensez y avoir droit, le site site officiel chequeenergie permet de vérifier son éligibilité et de faire une demande en ligne. Le plafond de ressources se situe autour de 11 000 euros de revenu fiscal de référence annuel pour une personne seule.
Pour les situations de coupure déjà effective, le Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL) peut intervenir. Géré par les Conseils départementaux, il peut prendre en charge tout ou partie des dettes d’énergie. Les travailleurs sociaux de votre CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) sont les interlocuteurs clés, et beaucoup de gens ne pensent pas à les solliciter, alors que c’est précisément leur rôle.
Si vous estimez avoir été traité injustement par votre fournisseur (coupure abusive, contestation d’une facture, non-respect de la trêve hivernale), le Médiateur de l’énergie est gratuit, indépendant, et accessible en ligne en quelques minutes. En 2025, son taux de résolution amiable dépassait les 70 % des dossiers traités.
Un dernier point pratique sur la trêve hivernale : elle s’applique du 1er novembre au 31 mars. Pendant cette période, aucune coupure d’électricité, de gaz ou de chaleur ne peut être effectuée dans une résidence principale, quelle que soit la dette. Si un technicien se présente pour couper votre alimentation pendant cette fenêtre, vous pouvez légalement refuser l’accès et contacter le Médiateur dans la foulée.
Ce que ce bilan 2025 met en lumière, au fond, c’est moins un problème de dispositifs inexistants qu’un problème d’information et de complexité administrative. Les aides existent, le cadre légal protège, mais il faut le savoir et oser s’en saisir. Avec la fin de la trêve hivernale 2026 programmée pour le 31 mars, les prochaines semaines seront déterminantes pour les ménages fragiles. La vraie question qui se pose pour l’avenir, c’est de savoir si le chantier de la rénovation thermique accélèrera assez vite pour que ces situations deviennent l’exception plutôt que la règle.