Retraite à l’étranger : ce piège fiscal méconnu qui fait fondre votre pension — et comment l’éviter légalement

Partir vivre sa retraite sous des cieux plus cléments fait rêver, mais attention : derrière la carte postale se cache un véritable piège fiscal qui peut faire fondre votre pension de plusieurs centaines d’euros par mois. Ce n’est pas une mise en garde alarmiste, c’est une réalité que découvrent malheureusement trop de retraités après leur installation à l’étranger.

Le principal écueil ? Pour les pensions qui restent imposables en France, le prélèvement à la source des résidents est remplacé par une retenue à la source non-résidents. Cette « simple » substitution administrative peut transformer votre budget mensuel en véritable casse-tête financier, surtout si vous n’avez pas anticipé les subtilités des conventions fiscales internationales.

Prenons un exemple concret : Marie, ancienne fonctionnaire installée à Bruxelles, pensait échapper à la fiscalité française. Erreur ! Un ancien fonctionnaire vivant à Bruxelles verra sa pension soumise à cette retenue française. Résultat : elle subit maintenant une double taxation qu’elle aurait pu éviter avec les bonnes démarches.

Le mécanisme pervers de la double imposition

La complexité du système tient à la distinction fondamentale entre deux types de pensions. Deux mondes se côtoient : les pensions privées (régime général, complémentaires, retraites du secteur privé) et les pensions publiques (fonctionnaires, État, collectivités). Leur traitement fiscal diffère dans presque toutes les conventions.

Pour les pensions privées, c’est plutôt une bonne nouvelle : généralement imposée dans l’État de résidence. En vivant en Espagne ou au Portugal, la pension est souvent uniquement imposée dans ces pays (et non en France). Adieu la retenue à la source hexagonale, bonjour l’administration locale !

Mais pour les pensions publiques, c’est l’inverse : la règle s’inverse souvent. La France garde la main sur l’imposition, même si la retraite se passe sous d’autres latitudes. Impossible d’y couper si la convention le prévoit. Et là, les choses se corsent avec le barème de retenue à la source.

Le barème technique de la RAS (tranches 2026 estimées) : De 16 826 € à 48 790 € : 12 % (tranche libératoire : l’impôt est payé définitivement sur cette fraction). Au-delà de 48 790 € : 20 % (fraction soumise au barème progressif lors de la régularisation annuelle). Ces taux s’appliquent après un abattement de 10 %, mais restent substantiels pour de nombreux retraités.

Les erreurs fatales qui coûtent cher

Une confusion entre séjour prolongé à l’étranger et véritable résidence fiscale peut coûter très cher. Résider plus de six mois hors de France n’est qu’une partie du critère : il faut étudier avec précision la convention signée entre la France et le pays d’accueil, sinon le risque est réel de se retrouver taxé dans les deux pays, sans pouvoir récupérer la surtaxe.

L’erreur la plus fréquente ? Trop nombreux sont ceux qui, confiants, n’ouvrent même pas le texte de la convention internationale liant leur pays de résidence à la France. Grave erreur : chaque pays a ses subtilités, et la protection dont vous bénéficiez peut être partielle ou absente, surtout pour certains types de pensions publiques. Un oubli ou une mauvaise lecture, et l’administration fiscale peut réclamer des arriérés sur plusieurs années.

Autre piège redoutable : penser que tous les retraités bénéficient d’une exonération d’impôt en quittant la France. Cette croyance populaire a déjà coûté cher à de nombreux expatriés qui ont découvert leurs erreurs lors des contrôles fiscaux.

La situation s’est d’ailleurs durcie en 2026. L’échange automatique d’informations rend la cohérence déclarative indispensable en 2026. La complexité des conventions internationales ne tolère pas d’approximation sous peine de redressements lourds.

Les stratégies légales pour sécuriser votre situation

Heureusement, des solutions existent pour éviter ces écueils. La première règle d’or : La consultation de l’article « pensions » de la convention avec la France s’avère, dans tous les cas, indispensable. Ne vous fiez jamais aux « on m’a dit » ou aux conseils de comptoir d’expatrié.

L’étape cruciale consiste à sécuriser votre statut de résidence fiscale. En droit français, la résidence est maintenue si un seul de ces critères alternatifs est rempli : Le foyer : lieu de résidence habituelle de la famille (conjoint et enfants mineurs). C’est le critère prépondérant. Le séjour principal : présence en France supérieure à 183 jours ou, à défaut, supérieure au temps passé dans tout autre pays. L’activité professionnelle : exercée en France, sauf si elle présente un caractère accessoire. Le centre des intérêts économiques : lieu où sont situés les investissements principaux ou d’où est tirée la majeure partie des revenus.

Une démarche essentielle souvent négligée : l’exonération en France pour les pensions privées n’est pas automatique. Elle peut nécessiter une démarche active auprès de chaque organisme payeur pour justifier de votre statut de non-résident. Sans cette attestation, vous risquez de subir la retenue française par défaut.

Pour éviter toute mauvaise surprise, on veillera à fournir chaque année une attestation de résidence à transmettre à la caisse de retraite, au risque de voir activer la retenue française par défaut, même quand la convention n’y oblige pas. Cette simple formalité peut vous épargner des mois de réclamations et de régularisations.

Quand faire appel à un professionnel devient indispensable

Face à cette complexité croissante, les retraités avisés ont désormais recours à des fiscalistes spécialisés dans les pensions internationales. Ces professionnels vérifient la conformité des déclarations, anticipent tout mécanisme de double imposition, et aident à obtenir les attestations de résidence fiscale à produire à ses caisses françaises. Demander une simulation concrète de son imposition, en tenant compte des nouvelles réglementations locales adoptées en 2025 ou 2026, reste l’arme la plus efficace.

Cette expertise devient d’autant plus précieuse que certains pays ont modifié leurs règles récemment. Depuis 2009, le Portugal attirait les retraités français grâce à son régime fiscal très favorable. Le statut de résident non habituel (RNH) permettait d’être quasiment exonéré d’impôts sur sa pension pendant dix ans. Mais cette époque est révolue. En 2024, Lisbonne a mis fin au RNH pour les nouveaux arrivants. Avec la hausse des loyers, la disparition des exonérations, et une fiscalité désormais alignée sur celle des locaux (jusqu’à 48 pourcent d’imposition), de nombreux retraités songent à rentrer en France ou à changer de pays.

La retraite à l’étranger reste un projet formidable, mais elle exige désormais une préparation rigoureuse. La retraite à l’étranger se prépare moins avec des lunettes de soleil qu’avec une bonne dose de rigueur administrative. Prendre le temps de s’informer, d’anticiper les subtilités fiscales et de réunir les preuves nécessaires, c’est s’offrir la chance de profiter vraiment de sa nouvelle vie sans mauvaise surprise. Car comme le soulignent les experts, plonger dans l’aventure de la vie à l’étranger séduit – mais des surprises fiscales mal anticipées peuvent transformer l’évasion en épreuve.

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