Un chat qui dort toute la journée, c’est mignon au premier abord, attendrissant même. Pourtant, derrière ce tableau de peluche vivante immobile, un changement d’attitude aussi marqué peut en dire bien plus qu’on ne le croit sur la santé de nos félins d’intérieur. J’ai moi-même dû composer avec ce mystère feutré : Églantine, ma chatte à la retraite d’exploratrice, s’est un matin transformée en boule léthargique. Ce n’est pas le ronron silencieux d’un chat heureux, mais un signal qui ne trompe pas.
À retenir
- Un sommeil prolongé chez le chat d’intérieur n’est pas toujours bénin.
- Le mal-être ou un souci médical peut se cacher derrière cette léthargie.
- Des astuces simples pour réveiller la curiosité et la vitalité de votre félin.
Le rythme de sommeil normal d’un chat : pas si simple
On lit partout que le chat consacre une bonne partie de sa journée à roupiller : entre 12 et 16 heures, parfois même davantage chez les seniors. Ce chiffre évoque un doux farniente, calqué sur leur passé de chasseurs nocturnes. Pourtant, il existe une différence de taille entre un chat qui se montre alerte aux moindres bruits et un chat cloîtré dans un sommeil profond, ignoré de son environnement.
Le chat domestique répartit souvent ses cycles de repos en siestes ponctuées d’éveils brefs, où une mouche dans la pièce ou le bruit d’une porte suffit à le remettre en mouvement. Mais le chat qui ne décolle plus du canapé du matin au soir, qui ne réagit presque plus à vos passages ou à ceux d’un oiseau à la fenêtre, adopte un comportement qui sort du registre habituel. Il y a quelques années, un vétérinaire m’avait glissé cette formule : « Un chat qui dort “trop” n’est plus seulement paresseux, il tire une sonnette d’alarme sans bruit. »
Ce que cache une surdose de sommeil : santé physique et morale
Inutile de céder à la panique pour une journée de flemme passagère, mais la répétition du phénomène mérite de tendre l’oreille. Parfois, la cause est physique. Les chats masquent admirablement la douleur, ils bougent moins, dorment plus, mais sans gémir. Une infection urinaire, une insuffisance rénale (courante après dix ans) ou simplement des douleurs articulaires – c’est souvent bien caché, surtout chez un félin d’appartement qui ne saute plus autant qu’avant. Une baisse d’appétit, une toilette négligée, ou même une mauvaise haleine, et il y a fort à parier que le corps essaie de vous faire passer un message discret.
Parfois, pourtant, rien ne ressort à l’examen clinique. Le moral y est alors pour beaucoup. Oui, les chats aussi souffrent de stress, d’ennui ou de début de dépression – eh oui, ça existe chez eux aussi. Un chat d’intérieur, privé de stimulations, de défis, finit par s’éteindre à petit feu, se réfugiant dans le sommeil comme un enfant dans un drap. Le chiffre m’avait ébranlée : d’après une étude vétérinaire de 2022, un quart des chats exclusivement d’intérieur présentent des signes d’ennui ou d’anxiété chronique. Signe des temps, ce mal-être n’a rien d’exceptionnel lorsque l’environnement tourne à l’ennui gris.
Redonner de la couleur à leurs journées
Il existe mille manières de réveiller une boule de poils endormie trop longtemps. La solution préfèrera la créativité à l’anxiété. Le secret : réinventer la routine, même dans un deux-pièces. Rien ne vaut un coussin placé sur un rebord de fenêtre plein sud, suffisamment haut pour dominer la rue, ou la pièce. La verticalité compte autant que les stimulations visuelles, et une bibliothèque transformée en parcours d’escalade séduit souvent autant qu’un nouveau jouet. Une amie a eu l’idée de cacher quelques croquettes dans des petites boîtes maison, histoire de réveiller les instincts de chasseur – le succès fut immédiat.
Les jeux de balle, plumeaux, tunnels et cartons pliés font parfois bien plus qu’un arbre à chat sophistiqué. Ce n’est pas le prix qui compte, mais la nouveauté. Changer l’agencement des meubles, varier les odeurs (un coussin frotté à la menthe-aux-chats), ouvrir davantage la fenêtre (en sécurité, bien sûr) ou même introduire de nouveaux sons (une radio en sourdine, quelques minutes par jour) : tous les moyens sont bons pour susciter la curiosité de votre compagnon. Quand j’ai ressorti mon vieux vaporisateur d’eau pour faire pousser du blé dans une jardinière à l’intérieur, Églantine n’a pas tardé à venir renifler, puis mâchonner ces herbes fraîches avec un plaisir manifeste. Un peu d’exercice, parfois juste dix minutes de cache-cache, peut suffire à bouleverser l’équilibre morose qui poussait au sommeil constant.
Quand demander conseil : un changement, pas un caprice
Personne ne connaît mieux le rythme de son chat que son compagnon humain. Un chat reste un animal de rites et habitudes : tout changement marqué et durable dans ce manège a ses raisons. Mieux vaut toujours s’appuyer sur son intuition, et ne pas attendre que de vrais symptômes alarmants s’ajoutent à la léthargie : perte de poids, soif excessive, respiration inhabituelle. Un simple contrôle chez le vétérinaire, parfois une prise de sang, dissipe les doutes ou permet d’intervenir tôt, ce qui change tout, surtout après huit ou dix ans.
Si rien de médical n’est détecté, la question de l’environnement mérite un vrai détour. Il n’existe aucune honte à admettre qu’on n’a pas trouvé, tout de suite, le bon équilibre entre liberté (sans sortir dehors) et vie intérieure stimulante. Au contraire : cette remise en question nourrit la complicité. Fait amusant, en Scandinavie, la presse animalière a relayé en 2025 que la vente de modules d’enrichissement pour chats d’intérieur a progressé de 40% en trois ans. Un signe que le bien-être félin devient enfin un sujet de société, et pas seulement une affaire de concours de peluches sur Instagram.
Un chat qui dort plus de vingt heures sur vingt-quatre, les oreilles à plat et l’œil sans éclat, réclame discrètement qu’on renoue avec sa personnalité. La routine ne l’a jamais rendu heureux, c’est la surprise qui le tient vivant. Je l’ai compris un matin – Églantine, après des semaines léthargiques, a bondi d’un coup sur un sac en papier froissé. Un retour minuscule, mais si vibrant à ce qui fait notre attachement pour eux : leur appétit de vie, jusque dans les gestes les plus banals.
Finalement, le sommeil du chat d’intérieur nous questionne sur nos propres habitudes, notre capacité à (re)mettre de la fantaisie dans ce qui semblait acquis. Votre chat dort-il « trop » ou rêve-t-il simplement d’une journée moins répétitive ? Et si, cette fois, réveiller sa curiosité était aussi un moyen de réveiller la vôtre ?