Après plus de cinquante années à certifier des millions de mouvements selon la même norme ISO 3159, le Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres (COSC) a annoncé une évolution majeure de ses standards de certification qui sera déployée au cours de 2026. Cette nouvelle certification baptisée « Excellence Chronometer » marque une étape historique pour l’horlogerie suisse, répondant aux défis technologiques contemporains tout en préservant l’exigence de précision qui fait la réputation du label suisse.
Un double niveau de certification pour une horlogerie moderne
La nouvelle certification COSC se présente comme un niveau supplémentaire d’exigence qui accompagnera le familier label « Certified Chronometer » visible sur des millions de montres testées par le COSC au fil des années. L' »Excellence Chronometer » apporte une garantie additionnelle de fiabilité qui dépasse la simple précision. Cette approche à deux niveaux répond à une réalité incontournable : l’environnement de certification a drastiquement changé ces dernières années, et les attentes des marques et clients pour les montres ont évolué, rendant le standard de base « Certified Chronometer » insuffisant.
Pour comprendre cette évolution, rappelons-nous que la certification chronometer traditionnelle exige une précision moyenne de -4 à +6 secondes par jour sur une période de 15 jours, testée dans 5 positions et à 3 températures. La certification Excellence Chronometer resserre cette tolérance de 10 secondes au total à 6 secondes (-2 à +4 secondes par jour). Cette amélioration peut paraître modeste, mais elle représente un bond significatif en termes de régularité quotidienne.
La nouveauté majeure réside dans l’ajout de critères pour la résistance magnétique et la vérification de la réserve de marche sur des montres entièrement montées. Selon le COSC, la certification Excellence Chronometer commence par le même test de 15 jours sur un mouvement, puis les pièces retournent chez le fabricant pour être emboîtées. C’est là que commence la véritable innovation du processus.
Tests dynamiques et conditions réelles d’usage
Cinq jours supplémentaires de tests suivent, utilisant des robots pour simuler un port au poignet pendant 24 heures. La précision est ensuite testée à nouveau, et la montre doit maintenir cette plage de -2 à +4 secondes par jour. Cette approche révolutionnaire abandonne les tests statiques traditionnels pour s’approcher des conditions réelles d’utilisation.

La montre subit ensuite un test magnétique en étant exposée à un champ magnétique de 200 Gauss. L’étape finale consiste en une vérification de la réserve de marche, pour confirmer qu’elle correspond aux spécifications du fabricant. Ces critères reflètent les préoccupations contemporaines des porteurs de montres mécaniques, confrontés quotidiennement aux champs magnétiques de nos appareils électroniques.
Cette résistance magnétique de 200 Gauss mérite une mise en perspective. Elle correspond exactement à la nouvelle version de la norme ISO 764 publiée en 2020 pour les « montres à résistance magnétique renforcée », mais reste modeste comparée aux standards propriétaires de certaines marques. Le test METAS, par exemple, exige une résistance à 15 000 Gauss, reflétant une approche plus exigeante de la résistance magnétique.
Un positionnement stratégique face à la concurrence
Cette annonce intervient à un moment où le COSC fait face à une concurrence accrue pour les certifications chronométriques, notamment la certification METAS utilisée par Omega et Tudor, ainsi que d’autres certifications propriétaires développées par les marques elles-mêmes. Le timing n’est pas fortuit : cette initiative survient après des années de pression de l’industrie, avec des marques majeures comme Rolex et Omega ayant déjà développé leurs propres standards internes plus exigeants qui faisaient paraître obsolète le benchmark COSC de base.

Les marques comme Rolex, Omega et Breitling – les trois plus gros utilisateurs du COSC – disposent chacune de protocoles de test internes qui rencontrent déjà ou dépassent les paramètres de l’Excellence Chronometer. Pour elles, cette certification supplémentaire pourrait s’avérer redondante. Les vrais bénéficiaires pourraient être les marques de milieu de gamme et indépendantes qui manquent d’infrastructure de test propriétaire. Pour une Longines, Tissot ou Frederique Constant, l’Excellence Chronometer offrirait une revendication qualité crédible et vérifiée par une tierce partie.
Le coût de cette certification supérieure reflète sa valeur ajoutée : alors que la certification « Certified Chronometer » actuelle coûte dix francs suisses par mouvement, la nouvelle certification « COSC Excellence Chronometer » coûtera entre 30 et 35 francs suisses (environ 28 à 33 euros). « L’excellence a un prix, mais c’est définitivement un avantage concurrentiel. La nouvelle désignation standard est ‘Excellence Chronometer’ et peut être affichée sur le cadran« , explique le COSC.
Calendrier de déploiement et perspectives d’adoption
L’implémentation est prévue pour octobre 2026. En mars, le COSC commencera les tests pilotes pour valider les procédures. En avril, il présentera le nouveau standard dans le cadre d’événements découverte à Genève coïncidant avec Watches & Wonders. Puis, en octobre, le déploiement complet débutera et vous commencerez à voir le label Excellence Chronometer arriver en boutique.
Le COSC précise que, comme pour les tests Certified Chronometer, toutes les montres sont testées individuellement – il n’y a pas d’échantillonnage sur de plus gros lots de production. Cette approche garantit l’authenticité de chaque certification, même si elle en limite nécessairement le volume.
L’avenir dira quelles marques adopteront massivement cette nouvelle certification. Si les marques adoptent le nouveau niveau en grand nombre reste une question ouverte. Rolex et Omega, qui opèrent déjà des programmes internes solides, ont peu besoin d’une autre certification. Mais pour les nombreuses marques qui s’appuient sur le COSC comme certificateur tiers principal, l’Excellence Chronometer offre quelque chose que le standard de base n’a jamais proposé : un moyen de démontrer un niveau de performance supérieur soutenu par une vérification indépendante.
Cette évolution témoigne de la capacité d’adaptation du COSC face aux transformations de l’horlogerie moderne. En intégrant des critères comme la résistance magnétique et les tests dynamiques, l’institution suisse démontre sa volonté de rester pertinente dans un monde où nos montres cohabitent avec smartphones, ordinateurs portables et véhicules électriques. Pour nous, amateurs éclairés, cette certification Excellence Chronometer représente un nouveau repère de qualité, peut-être pas révolutionnaire, mais certainement bienvenu dans notre quête de la précision horlogère.