Ce matin de février, quand j’ai reçu cette lettre de ma caisse de retraite m’annonçant un rappel de 847 euros, j’ai d’abord cru à une erreur. Pourtant, cette somme correspondait bien à mes droits oubliés, récupérés grâce à un simple document que j’avais fini par retrouver dans mes papiers militaires. Une démarche qui m’aura pris moins d’une heure, mais qui aura changé ma retraite.
Cette histoire n’est pas unique. Des milliers d’anciens appelés découvrent, au moment de préparer leur retraite, que leurs trimestres obtenus pendant le service militaire ont disparu de leur relevé. Une situation d’autant plus frustrante qu’elle touche une génération entière, celle qui a effectué son service national avant la suppression de l’obligation en 1997.
Le service militaire, ce trésor caché de nos retraites
Les périodes de service militaire sont prises en compte dans tous les régimes de retraite de base. Elles sont considérées comme des « trimestres assimilés ». Concrètement, le service militaire, ou service national, est validé à raison d’un trimestre tous les 90 jours d’incorporation, avec un maximum de 4 trimestres par année civile.
Pour beaucoup d’entre nous nés dans les années 1960, ces trimestres peuvent faire la différence cruciale. Pour les personnes nées au début des années 1960, atteindre le taux plein de retraite est crucial pour éviter la décote. Ces trimestres « militaires » peuvent faire la différence entre une retraite anticipée ou plusieurs mois de travail supplémentaires. Et pour cause : pour tout service militaire effectué avant 1992, jusqu’à quatre trimestres de retraite peuvent être validés gratuitement. Depuis cette date, la réduction à dix mois limite la validation à trois trimestres.
Mon cas personnel illustre parfaitement cette réalité. Ayant effectué douze mois de service en 1978, j’avais droit à quatre trimestres. Mais sur mon relevé de carrière, aucune trace de cette période. Le problème ? Près de 60 % des relevés de carrière omettent encore ces trimestres issus du service militaire, faute de transfert informatique des vieux dossiers papiers.
Le document miracle : l’état signalétique et des services
La solution tient en un document précis : l’état signalétique et des services. Seul un document administratif appelé «état signalétique et des services» est reconnu par la Carsat ou la Cnav. Il récapitule les dates d’incorporation et de libération, ainsi que les permissions.
J’ai eu la chance de conserver ce précieux papier dans mes archives familiales. Pour ceux qui l’ont perdu, pas de panique : vous pouvez demander ce document sur le site servicehistorique.sga.defense.gouv.fr. Attention toutefois, la procédure peut s’effectuer en ligne ou par courrier, mais les délais d’obtention varient de quelques semaines à plusieurs mois.
Une fois le document en main, la régularisation se fait simplement. Si cette période ne figure pas sur votre relevé de carrière, vous pouvez en demander la régularisation. Cette démarche est possible grâce au service de régularisation de carrière disponible dans votre espace personnel, en vous munissant au préalable de votre état signalétique et des services.
Au-delà du service militaire, tous les trimestres oubliés comptent
Cette expérience m’a ouvert les yeux sur l’ampleur du problème. Une étude a révélé qu’un dossier sur six contient des erreurs : employeurs oubliés, salaires incohérents, trimestres manquants. Les périodes concernées dépassent largement le cadre militaire.
Les attestations de Pôle emploi ou France Travail pour le chômage, indemnisé ou non, les décomptes d’indemnités journalières en cas de maladie, maternité ou accident du travail, permettent de combler les vides du RIS et d’éviter de perdre des trimestres. Pour les mères de famille, les trimestres de maternité (huit trimestres par enfant dans le privé, deux trimestres par enfant dans le public) ne figurent pas dans votre relevé de carrière. Cet oubli est normal puisque les caisses de retraite ne savent pas que vous avez des enfants. C’est pour cette raison que l’on vous demande une copie de votre livret de famille quand vous liquidez votre retraite.
Le message est clair : en février 2026, il est plus que temps de faire le ménage dans vos droits. Les caisses recommandent de lancer les démarches quatre à six mois avant la date souhaitée, justement parce que la liquidation des droits reste une procédure minutieuse. Entre reconstitution de carrière, contrôles croisés et échanges de pièces justificatives, le moindre oubli peut retarder le versement de la pension de plusieurs mois.
Agir maintenant, c’est sécuriser demain
Mon expérience de février m’a rappelé une vérité fondamentale : en 2026, la retraite repose sur ce que vous prouvez, pas sur ce que vous avez vécu. Ces 847 euros récupérés représentent bien plus qu’une somme : ils symbolisent la reconnaissance de droits légitimes, longtemps oubliés dans les méandres administratifs.
Si vous approchez de la retraite ou si vous l’avez prise récemment, prenez le temps de vérifier votre dossier. Consultez le portail Info-retraite.fr qui regroupe tous vos droits, tous régimes confondus. Vous pouvez y consulter votre Relevé de Situation Individuelle dès 35 ans. Chaque trimestre retrouvé peut représenter des dizaines d’euros mensuels supplémentaires à vie.
Ce geste de février qui m’a pris quelques clics sur Internet aura finalement été l’un des plus rentables de ma vie. Et vous, avez-vous vérifié que tous vos droits étaient bien reconnus ? Il n’est jamais trop tard pour récupérer ce qui vous appartient.